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Un homme qui ne marche pas ne laisse pas de traces.    Georges Wolinski

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Jeudi 3 mars 2016,

Côte bleue, Niolon, sentier des douaniers jusqu’à Méjean

Rando animée par Rolande Lecomte

9,5 km pour un dénivelé de 620 m

Goulûment, nous autres bas-alpins descendus de la neige, nous dévorons cette mer, ce ciel, et leurs lumières différentes des nôtres, ces pins courbés sous le vent dominant des terres, cette nature sauvage. “Sortez des rails” proclame un immense panneau EDF à l’entrée du sentier. Oui, bonne injonction, nous sommes sortis des rails, de nos montagnes, de nos vallées, de nos froids, de notre hiver pour gagner un peu d’avance sur la saison, nous sommes sortis de nos rails pour gagner le printemps. “Attention danger” proclame un autre panneau à Méjean ; oui attention danger, éclatante beauté. Beauté des flaques et des courants de lumière qui chatoient sur la mer, beauté du sentier qui passe en balcon, traverse des tunnels creusés dans ces roches blanches innervées de veines de quartzite ressemblant à des racines, frôle les embruns puis remonte sous les voûtes des viaducs ferroviaires qui découpent et encadrent les paysages colorés et toujours renouvelés, beauté poursuivie du chemin qui refranchit des arcades de pins couchés mais toujours verts à leurs extrémités ou des tunnels de verdure, qui longe des haies d’honneur de petits pins taillés au garde à vous organisant pour le marcheur des jeux de cache-cache avec le paysage, beauté rude de ces épaves de roches rouges battues par la mer, de ce Moulon qui comme un énorme crapaud s’accroche à la côte, de cet îlot rocheux d’Everine détaché comme un avant-fort dans un glacis, de cette mouette perchée sur un socle, immobile telle un rapace plongeur, de ces petites calanques blanchies d’écume qui résistent au coups de boutoirs des vague les frappant avec des bruits de canon, beauté discrète des plantes qui hésitent encore à fleurir, hormis cette rutilante valériane, ces bouquets de fleurs jaunes comme du colza, ces poussières blanches montées sur tige – quelques romarins salés par l’air marin aussi fleurissent de rares fleurs ; les pistachiers lentisques eux sont en baie ou en gousse et les genets se taisent. Beauté sauvage étonnante de ce chemin douanier, abrité du vent, à deux doigts de la ville bruyante, là juste en face.

Mais d’ici Marseille se tait, comme un village tranquille. Nous déchiffrons la ville. La Bonne mère sort peu à peu de la brume et se détache avec l’avancée du jour. On voit bien qu’elle est faite pour guider comme un phare les marins vers le vieux port. Le MUCEM se distingue avec ses résilles noires, les vues les plus perçantes décrivent la coupole de la Major. La Joliette héberge les paquebots de croisière. En mer, un porte-container s’en va vers la Sicile, un trois mâts passe, silencieux et sans voile, puis disparait comme un vaisseau fantôme. Marseille, ville ouverte, ville du partir. Un port est toujours porteur de rêves de voyage. Les îles du Frioul, îles de la quarantaine, forment maintenant une chaine bien distincte du littoral. Voilà que la science vient de dédouaner le grand Saint-Antoine de sa lourde responsabilité d’avoir inoculé la peste à Marseille en 1720. Le bacille ne venait pas du Levant, caché dans un foulard de Smyrne, mais dormait sur place depuis le Moyen Age et s’était brusquement réveillé. Maintenant Marseille ne craint plus la peste bubonique ; la nouvelle peste, la gangrène vient des kalachnikovs des trafiquants qui pullulent, tous les enfants des écoles, dit-on connaissent la chanson de la kalach, nouvelle comptine des cours de récrée.

Entre les falaises blanches, le rail, et la mer aujourd’hui bleue turquoise, glaz disent les bretons qui ont inventé un mot pour dire l’alliance du vert et du bleu, ces ports de poupée, aménagés dans des criques abritées d’un maigre rempart de roches pour quelques barques de privilégiés, sont nos Cinque Terres à nous, moins spectaculaires que les Ligures, mais plus dérobées, au secret jalousement gardé. Niolon, Méjean, La Redonne. Aujourd’hui, Méjean est réservé aux intimes. Le port est libre, comme un décor qui nous serait offert. Pas une âme qui vive, à part un plongeur silencieux qui traque les oursins. Le restaurant Mange Tout est fermé, pas de friture d’éperlans. Mais la calanque est à nous, le port est à nous, le clapotis des bateaux est à nous, le soleil est à nous, le silence est à nous, le paysage est à nous, les bancs sont à nous, nous sommes riches de ce calme immense qui fait tout oublier. Il y a des moments de bonheur qu’il ne faut pas refuser.

Jean-Claude Barbier

Pour voir le diaporama de Jean-Pierre, cliquez là


Date de création : 05/03/2016 : 10:30
Catégorie : La rando - 4-8 Comptes-rendus 2016
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